Témoignage d’un médecin de Gaza 31/08/2025

Dr Ezzideen 31 août 2025

« Il y a quatre ans, j’ai fait un tour en hydrojet sur la mer Caspienne. L’instructeur m’a interpellé : « Crie. Laisse l’eau emporter ton hurlement. Personne ne t’entendra, mais peut-être ton âme respirera-t-elle. » Et pourtant, je ne pouvais pas. J’ouvris la bouche, mais la voix s’éteignit avant de me quitter. Mon silence était plus lourd que la mer, plus épais que l’air. Je ne savais pas, ô Dieu, je ne savais pas ! Que ce silence était une prophétie, qu’un jour j’habiterais un lieu où chaque gorge est étranglée, où chaque cri est mort-né, où le silence de l’humanité elle-même est devenu plus terrible que n’importe quel cri. Cet endroit, c’est Gaza. Ici, le monde a pris fin, et seuls les cadavres errent. Ici, les enfants naissent déjà condamnés, leur premier souffle étant une dette envers la mort. Ici, les hommes fouillent la crasse pour trouver du pain pour leurs petits, et les enfants lèchent la poussière pour y trouver de la farine mêlée de sable. Ici, les femmes déchirent leurs vêtements en lambeaux, hurlant sur la chair brisée de leurs fils. Ici, les pères fixent les yeux sans vie de leurs enfants jusqu’à ce que leur propre âme se vide de leur sang. J’ai vu les corps mutilés d’enfants éparpillés comme des poupées cassées. J’ai vu des jeunes filles mendier des lambeaux de dignité, les éclats d’obus les ayant privées même du droit de se tenir debout. J’ai vu des hommes ramper, des moitiés d’hommes, traînant leurs corps en ruine sur les décombres. J’ai vu des enseignants, autrefois apôtres de la sagesse, réduits à l’état de mendiants aux étals de la faim. J’ai vu l’honneur profané, la dignité massacrée, l’image même de l’homme piétinée dans la boue. Et je vous le dis : même l’Enfer ne pouvait imaginer cela. Le Dieu de miséricorde a détourné son visage. Le Diable lui-même a fui, incapable de supporter une cruauté qui éclipse la sienne. Qu’est-ce donc que Gaza ? Ce n’est pas une ville. Ce n’est même pas l’Enfer. C’est quelque chose d’au-delà : un théâtre où l’humanité répète son extinction finale. Un lieu où le silence a poussé des crocs, où l’absence de Dieu crie plus fort que toutes les bombes, où l’homme est devenu plus monstrueux que son rêve le plus sombre. Et moi, je hurle en écrivant. Mon sang coule à chaque mot. Ces lignes ne sont pas de l’encre, ce sont des blessures. Elles sont le hurlement qui n’a jamais quitté ma gorge à la Caspienne, maintenant imprimé sur la page avec une violence qu’aucun silence ne peut contenir. L’entends-tu ? M’entends-tu ? Non pas avec tes oreilles, elles sont inutiles, mais avec ton cœur tremblant, avec ta moelle qui frémit à ta lecture. Sens-tu ce cri te déchirer, te brûler la poitrine, s’attaquer à la racine de ton âme ? Sens-tu sa cendre, goûte-tu son amertume, t’étouffe-tu avec sa fumée ? C’est le cri de Gaza. C’est le cri de l’humanité debout sur ses ruines. C’est le cri qui n’a pas de fin. Et si vous ne criez pas avec moi, si vous lisez et restez silencieux, alors vous aussi êtes complices du meurtre du monde. » #GazaGenocide


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