Témoignage d’un médecin de Gaza
Dr EZZIDEEN 30 janvier 2026
“Médecins Sans Frontières a annoncé aujourd’hui qu’elle refuserait de fournir les noms de son personnel aux autorités israéliennes, une condition imposée pour renouveler sa licence d’exploitation à Gaza. Nombreux furent ceux, hors de Gaza, qui s’empressèrent de célébrer cela comme une « victoire », une « prise de position courageuse » et un acte symbolique de résistance. Mais ici, sur le terrain, nous ne vivons pas de symboles. Nous vivons selon les conséquences de nos actes. Parlons franchement, et sans slogans. Si les opérations de MSF sont suspendues ou restreintes, cela ne constituera pas une perte politique. Ce sera une catastrophe humaine. Cela signifie : • Environ 20 % de la capacité hospitalière à Gaza pourrait disparaître du jour au lendemain, soit un lit d’hôpital sur cinq. • Une femme enceinte sur trois risque de perdre l’accès aux soins médicaux pendant l’accouchement, dans un contexte où les risques maternels et néonataux sont déjà extrêmes. • Plus de 635 000 personnes pourraient perdre leur accès quotidien à l’eau potable, car MSF fournit actuellement environ 4,5 millions de litres d’eau par jour. • Des dizaines de milliers de patients, dont des enfants, des victimes de traumatismes et des personnes atteintes de maladies chroniques, pourraient se retrouver privés de soins médicaux essentiels. • Les programmes essentiels de santé mentale risquent de s’effondrer dans une société souffrant de traumatismes collectifs, de désespoir et de dépression psychologique. Cela se produit sur un territoire où : Plus de 70 % de la population est déplacée. • Des milliers de personnes vivent dans des tentes insalubres et délabrées. • Le système de santé est déjà épuisé et partiellement paralysé. • Les maladies respiratoires, la malnutrition et les épidémies sont en augmentation • Des enfants grandissent sans stabilité, sans éducation, sans espoir Et pourtant, des gens loin de cette réalité, bien à l’abri chez eux, dans des pays lointains, applaudissent cette décision comme s’il s’agissait d’un triomphe moral. Il est facile de célébrer les « principes » quand on n’est pas celui qui versera son sang pour eux. Mais à Gaza, le prix à payer sera la fermeture d’hôpitaux, des infections non traitées, des accouchements compliqués, des enfants déshydratés et des décès évitables. Il ne s’agit pas d’un débat théorique. Ce n’est pas de l’activisme. C’est la survie. *Note personnelle* Ma propre clinique fonctionne en partenariat avec MSF. On m’a informé que mon nom, ainsi que ceux d’autres personnes, pourrait être inscrit sur des listes internes « à titre de protection », afin que nous ne soyons pas pris pour cible ou que nous ne subissions aucun préjudice. Réfléchissez-y bien. Nous vivons désormais dans une réalité où les soignants craignent d’être agressés, où nos noms doivent être consignés pour des raisons de sécurité, et où la prestation de soins de santé exige de composer avec des menaces politiques au lieu de se concentrer sur le sauvetage de vies. Voici à quoi ressemble le système de santé à Gaza : Pas un médicament. Pas la dignité. Mais la gestion des risques est assiégée. Si la priorité de MSF est la prise de position publique, la publication de rapports et la confrontation politique, alors cette décision est conforme à cette mission. Mais si la véritable mission est de sauver des vies dans l’une des pires catastrophes humanitaires de la planète, alors cette décision risque de devenir un fardeau supplémentaire pour une population déjà à bout de forces. Encore une fois: Ceux qui sont loin fêteront ça. Et ceux qui sont piégés ici en paieront le prix, de leur santé, de leur avenir et de leur vie. Ce n’est pas de la résistance. Ce n’est pas une victoire. C’est la lente suffocation d’un peuple blessé. #WoundedGaza#msfMédecins Sans Frontières (MSF)@MSF“
Today, Médecins Sans Frontières (MSF)
announced that it will refuse to provide the names of its staff to the Israeli authorities, a condition imposed to renew its operating license in Gaza. Many people outside Gaza rushed to celebrate this as a “victory,” a “brave stance,” and a symbolic act of resistance. But here, on the ground, we do not live on symbols. We live on consequences. Let us speak plainly, and without slogans. If MSF’s operations are suspended or restricted, this will not be a political loss. It will be a human catastrophe. It means: • Roughly 20% of hospital capacity in Gaza could disappear overnight, one out of every five hospital beds gone. • One in three pregnant women may lose access to medical support during childbirth, in a setting where maternal and neonatal risks are already extreme. • Over 635,000 people could lose daily access to clean water, as MSF currently provides approximately 4.5 million liters of water per day. • Tens of thousands of patients, including children, trauma victims, and people with chronic diseases, may lose essential medical care. • Critical mental health programs may collapse, in a society suffering from mass trauma, despair, and psychological breakdown. This is happening in a territory where: • Over 70% of the population is displaced • Thousands live in unsafe, collapsing tents • The health system is already exhausted and partially paralyzed • Respiratory disease, malnutrition, and epidemics are rising • Children are growing up without stability, education, or hope And yet, people far from this reality, sitting in safe homes, in distant countries, are applauding this decision as if it were a moral triumph. It is easy to celebrate “principles” when you are not the one who will bleed for them. But in Gaza, the price will be paid in hospital closures, untreated infections, complicated births, dehydrated children, and preventable deaths. This is not a theoretical debate. This is not activism. This is survival. *A Personal Note* My own clinic operates in partnership with MSF. I was informed that my name, along with others, may be placed on internal lists “for protection,” so we are not targeted or harmed. Let that sink in. We are now living in a reality where medical workers fear being attacked, where our names must be documented for safety, and where providing healthcare requires navigating political threats instead of focusing on saving lives. This is what healthcare in Gaza has become: Not medicine. Not dignity. But risk management under siege. If MSF’s priority is public statements, reports, and political confrontation, then this decision aligns with that mission. But if the true mission is to save lives in one of the worst humanitarian disasters on Earth, then this decision risks becoming another burden on a population that has already been crushed beyond endurance. Once again: Those far away will celebrate. And those trapped here will pay, with their health, their futures, and their lives. This is not resistance. This is not victory. This is the slow suffocation of a wounded people. #WoundedGaza #msf
En savoir plus sur Ruraletv.fr
Subscribe to get the latest posts sent to your email.