Les artistes dans la tourmente

Lola Calvet nous communique ce texte via FB

“Ces nouvelles mesures sont tombées comme un couperet et nous plongent aujourd’hui dans un état de désarroi, de vide, de tristesse, alimentant un vaste sentiment d’impuissance et de colère.
Depuis 1 an 1/2, nous essayons d’être solidaires, réactifs, de nous adapter en préservant le désir de créer, de partager avec les publics nos visions du monde, nos œuvres d’art, nos sensibilités.
Il y a eu déjà beaucoup de casse.
De nombreuses compagnies ont disparu de la circulation, des artistes ont jeté l’éponge, des équipes techniques, administratives entières ont été broyées par la gestion de la crise et plongées dans des situations de grande précarité.
L’épuisement est là et ces dernières mesures extrêmement coercitives sont venues alourdir et complexifier une situation morale et économique déjà très fragile.
Nous comprenons le contexte sanitaire et nous avons à cœur de lutter contre l’épidémie. L’art est un moyen d’accroître notre immunité collective, de préserver l’espace du sensible, de prendre soin de l’intime, de se questionner et d’aller vers l’autre, sans relâche.
Nous sommes persuadés qu’en créant, en véhiculant des visions du monde ouvertes, multiples, hétéroclites, nous donnons aussi des outils aux uns et aux autres pour se construire, se renforcer, rêver et se projeter.
Mais aujourd’hui, la question du passe sanitaire nous met dans une situation éthiquement insoutenable : il suscite des divisions, beaucoup de violence et d’incompréhension.
Parce qu’ils souhaitaient prendre le temps de la réflexion ou tout simplement parce qu’ils n’étaient pas prêts à appliquer cette mesure, certains d’entre nous se retrouvent isolés, ont perdu leur travail, ont dû abandonner leurs projets, leurs partenaires de jeu.
Dans ce contexte abrupt (mesures prises en plein été, alors que des festivals étaient en cours, des contrats engagés, des tournées lancées), il ne s’agit plus seulement de s’adapter, de réagir, de chercher des solutions, d’avancer ensemble… Cela nous l’avons déjà fait.
Et encore une fois, nous ne sommes pas anti-vaccins. Nous sommes des artistes face à une crise qui dépasse les enjeux sanitaires et qui questionne notre propre rapport à l’art.
C’est à cet endroit, profond, que nous nous révoltons.
Se faire biper pour voir un spectacle, présenter ses papiers d’identité nous apparaît comme l’apothéose d’un système capitaliste outrancier, sans limites.
Cet acte de contrôle entre en contradiction avec notre désir de créer, de penser l’art comme un espace-temps ouvert à tous.
Entrer dans une salle de spectacle ou aller voir un spectacle dans la rue est d’abord un élan personnel qui doit s’affranchir de toute contrainte.
L’espace de la représentation n’est pas un supermarché. Cela doit rester un espace sans code barre, un espace du sensible, du possible, un espace dédié à l’imaginaire, un espace où il est possible de se rendre pour des raisons intimes, profondes, invisibles.
Il devient urgent d’être libre et de pouvoir aller et venir à sa guise.
Et après le passe sanitaire, quelles seront les autres mesures pour nous abasourdir, pour nous diviser, pour nous faire taire ?
Si ces mesures d’urgence sanitaires s’accompagnaient de mesures d’urgence écologiques, d’une mise en place de lois visant à l’égalité réelle entre tous, d’une vision du monde permettant à chacun de manger à sa faim et de bien manger, afin de se constituer une immunité physique, psychologique, mais aussi mentale, morale, intellectuelle et sensible, alors nous serions tous en train de courir pour nous faire vacciner. Parce que derrière il y aurait l’espoir d’une société qui évolue vers de la beauté, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Mais nous sommes sans cesse renvoyés à notre propre sentiment d’impuissance, comme à une fatalité. Nous sommes affaiblis par un système qui n’a plus rien de démocratique.
A quel moment avons-nous été concertés sur ces mesures ?
Leurs enjeux ?
Leurs impacts directs sur nos vies et sur celles de nos œuvres ?
Nous refusons aujourd’hui, en écrivant cette tribune, de céder à ce sentiment d’impuissance.
L’art est ce qui permet de rêver à un monde meilleur, d’ouvrir des possibles, mais ce rêve n’est pas qu’un rêve d’imagination, c’est un rêve qui s’accompagne du désir concret de le mettre en œuvre.
Un spectacle, s’il n’est là que pour divertir, faire passer le temps, occuper les corps et les esprits, s’il devient un écran entre nous et le monde, comme la télévision, si la puissance du vivant est niée alors il ne devient qu’un spectacle affligeant, au service d’une idéologie libérale dévastatrice.
Si au nom d’une crise sanitaire, la seule solution est la coercition, le contrôle des masses, si au nom du collectif on protège un système consumériste et individualiste avant tout, alors c’est ouvertement le signe que la démocratie est bafouée, sans vergogne, c’est une société qui affiche qu’elle nie l’espace du sensible.
Il n’y a rien de collectif, de responsable dans cette attitude.
Juste l’affirmation d’une uniformisation qui produit de la souffrance, de la division, du vide.
Nous refusons aujourd’hui cette mesure parce qu’elle est le témoin d’une démocratie en crise, d’un monde qui contraint les artistes, les créateurs, les spectateurs, les êtres humains à se plier pour garder l’illusion d’être libre.
Mais être libre, ce n’est pas pouvoir aller au spectacle, boire un café ou faire ses courses en présentant patte blanche.
Ce n’est pas continuer à consommer à tout prix.
Ce n’est pas tenter de survivre dans un monde qui va mal.
C’est vivre dans ce monde, en accord avec soi-même, c’est sentir qu’en créant, en pensant, en se questionnant, d’autres rapports au monde sont possibles et que nous avons le pouvoir de le changer.
C’est rencontrer les autres et échanger, laisser les pensées se contaminer les unes les autres, aller vers l’autre sans avoir la peur au ventre d’être rejeté.
L’acte de créer échappe à tout contrôle. L’espace de jeu est un espace de remise en question qui doit rester sain, prometteur, rempli d’espoir.
Le passe sanitaire est une horreur parce qu’il nous éloigne les uns des autres sous couvert de nous protéger d’un virus.
La véritable maladie aujourd’hui c’est la peur et l’état de faiblesse dans lesquelles les êtres sont maintenus et une lente mais mortifère déshumanisation de toute relation au monde, à l’autre et à soi-même”
Signataires
Marion Collé, fildefériste et poète/ Collectif Porte27
Valentine Cohen, Mata-Malam
Chiara Marchese, auteure de cirque / Compagnonne Collectif Porte27
Marie Heimburger (enseignante)
Charles Lamarche, directeur artistique et cavalier / CL Spectacles
Mathias Jamart, président / Cheval Art Action
Anne Delépine, administratrice Collectif Porte27, les Escargots ailés, Cie 7bis,la Conserverie
Angèle Savino, réalisatrice de documentaires
Océane Pelpel, artiste de cirque / Groupe Bekkrell
Maxime Paris, administrateur, Cie Cirquons Flex
Anne-Lise AllardLLARD, artiste de cirque, Cie Mauvais Coton
Chloé Moura, artiste de cirque, Underclouds Cie
Patricia Dallio, musicienne, cie sound track
Cécile Mont-Reynaud, artiste de cirque / Compagnie Lunatic
Isabelle Brisset, enseignante cirque
Antoine Rigot, artiste, auteur de spectacles / Cie Les Colporteurs
Nicolas Bachet, saxophoniste
Tasevski Vasil, artiste / Collectif Porte27
Véronique Stekelorom, artiste de cirque et chorégraphe, formatrice / L’épate en l’air Cie
Agathe Olivier, artiste fildefériste / Cie Les Colporteurs
Ephraïm Gacon–Douard, artiste de cirque
Stéphane LEchit , artiste de plateau
Te
SStéphane LEchitaen
Audrey Louwet, metteure en scène / Cie Azeïn
Tiziana Guizard chargée de production Cirk’Oblique
David Le Flochmoine, programmateur – centre culturel de La Ville Robert
Veera Kaijanen, international artiste de cirque et fil de fer
Mikis Matsakis, artiste de cirque / Cie du Fardeau, Cie XY
AAli
Emilie Borgo, danseuse et Chorégraphe, Cie Passaros
Paul Reynard, président de la compagnie Raoul Lambert
Julie Moingeon musicienne artiste de rue
MO
Carau Jean-Michel musicien comédien
Damien Sabatier, musicien, Cie Impérial
Thomas Bodinier, artiste de cirque / La Compagnie Singulière
Charlotte Couprie, artiste de rue/Collectif Prêt à Porter
Thierry Cazenave, artiste Chanteur, Chef de Choeur
Geoffrey Secco, saxophoniste, concerts sous hypnose.
Celine Peltier Coach vocal, sonothérapeute
Laura Littardi Jazz Singer
Do Montebello
Ludovic B.A , chanteur, auteur et guitariste
Sandra Feuerstein comédienne, conteuse marionnettiste
Mathilde et Jérôme Boulommier, artiste de cirque, Compagnie Sans Nom
Bruno Lussier artiste de cirque Cie avis de tempête
Séverine Bellini, artiste de cirque
Maxime Cravenne, artiste de cirque
Svetlana Zindovic, artiste de cirque
Frank Desmaroux, artiste de cirque
Dante Desmaroux-Zindovic, artiste de cirque
Mell Desmaroux-Zindovic, artiste de cirque
Sara et Angelos, Cirque Exalté
Justine Desprez, musicienne
Dominique Michaud Habitante de la terre
Jérémy Cardaccia, musicien, Fatum Fatras
Czapka Sadou, poète
Gilbert Duranton, Plasticien
Damien Rolde et Nicolas Torcheux, de la Cie Les Vils Brequins, Juan Conca, photographe.
Xavier Lainé, écrivain, poète, chanteur, Kinésithérapeute, Praticien Feldenkrais, vivant parmi les vivants
Yvon Chemitlin ex artiste événementiel encore vivant.
Elena Arnal artiste visuelle auteure provax et antipass.
Sébastien Kuc VJ infographiste 3d
Anne Strenger artiste graveur et peintre
Grib artiste gribouilleur illustrateur
Fred latour artiste libre qui le restera
Hai Nguyen artiste
Corinne Beau chanteuse
Chantal Arrondo chanteuse
Françoise bouvier peintre
Sylvie Fumex, metteuse en scène
Jean-Claude Lequesne, professeur et metteur en scène de cirque
Fred Bordes, entrepreneur de spectacles en pré retraite
Philippe Mairel, programmateur, régisseur spectacle
Mathieu ‘Kalagan’ LLamas pour Ulysse Maison d’Artistes
Lola Calvet, chanteuse, musicienne et cheffe de chœur.
Merci à Monsieur Xavier Lainé pour ce très vrai texte et l’ami Charvet de l’avoir fait circuler.
à signer, faites tourner.
Copiez puis collez en ajoutant votre nom.

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