Le confinement c’était mieux avant

De Basile Rousseaux

Feuilletez “le samedi de la terre” en fin d’article.

Bonjour à tous,

Il y aura bientôt un mois que le Grand Ralentissement a commencé. Au début, le tragique était mêlé à une forme de curiosité presque réjouissante. On entrait dans l’inconnu, il se passait “quelque chose”, et ce quelque chose était EnÔrme. Puis nous sommes tous devenus épidémiologistes amateurs, pro ou anti Raoultiens, convaincus ou réticents  au port du masque. Les médias relayaient avec empressement les dernières consignes gouvernementales et l’on se demandait, mi-anxieux mi-amusés, quelles conséquences elles auraient sur nos quotidiens. Les soignants, les camionneurs et les caissières de super-marché sont devenus les nouveaux héros du moment. Les enseignants relevaient le défi de l’enseignement à distance.

Mais le temps passe. L’urgence fait place à la routine. La liste des morts s’allonge, certes, mais tout en restant tragique, elle n’est pas cataclysmique. Les médias cherchent laborieusement des sujets à traiter, car en dehors de la litanie des chiffres journaliers, ils n’ont plus grand chose à ajouter. Au début nous contactions anxieusement nos amis et nos familles, mais avec le temps, ni eux ni nous n’avons grand chose à nous dire. Les outils numériques ont fait la preuve d’une certaine efficacité, mais plus le temps passe, plus ils deviennent routiniers et ennuyeux. Ils ne remplacent pas la vraie vie. Nous sommes des résistants dont l’acte le plus héroïque consiste à ne pas nous embrasser et à garder une ”distance sociale”. La menace plane, présente, mais si invisible. Nous sommes passés de la grande déflagration au Désert des tartares (c’est le moment de lire ou relire cet ouvrage de Dino Buzzati). Le temps s’écoule et le printemps lumineux s’installe. De toutes les espèces vivantes, nous sommes la seule à ne pas pouvoir en profiter pleinement. Ironique retour des choses.

Ici et là, certains essayent de prévoir l’après. Mais nul ne peut encore dire ce que cet ”après” veut dire. Combien de temps faudra-t-il côtoyer ce virus ? quelle en seront les conséquences économiques ? Y aura-t-il une totale remise à plat de nos sociétés ou ne sera-ce qu’une crise passagère ? Il est possible qu’une révolution ait commencé. Sans nous, qui sommes pour l’heure contraints à l’inaction. Nous pensions être les acteurs principaux et nous voilà relégués au rang de spectateurs incrédules. La pièce est pleine de suspens, mais elle commence à traîner en longueur.

Il y aura une suite, mais quel visage aura-t-elle ? Risquons une hypothèse : il n’y aura pas de grand jour de la victoire. Car ce virus n’est pas un ennemi et ne nous a pas déclaré la guerre, pas plus que le pangolin n’a cherché à nous nuire ou que la chauve-souris n’a voulu nous jouer un sale tour. C’est seulement que le monde va comme il va, et que nous n’avons pas fait suffisamment d’efforts pour le comprendre. Nous avions cru pouvoir nous affranchir de toutes ses règles. Nous pensions l’avoir dompté et ils nous terrorise d’une pichenette.

Apprécions l’ironie et soyons bons joueurs. Nous devons apprendre à “vivre avec” plutôt qu’à “lutter contre”. Et à respecter les règles du jeu. Si cette pandémie nous fait retenir la leçon, nous ne l’aurons pas subie en vain.

Vous ne trouvez pas qu’avril est bien chaud ? Et pas encore une goutte de pluie. Peut-être battrons-nous, cette année encore, des records de chaleur. Il y a encore pas mal de règles que nous ferions bien d’assimiler rapidement…

Basile Rousseaux

Suite au précédent messages des Pas de Côtés, un grand merci pour vos retours, remarques, réactions et propositions. Je vous transmets ci-dessous quelques pistes intéressantes, lectures ou vidéos, que certains d’entre-vous m’ont envoyées :

COURS DE CONCEPTION EN PERMACULTURE (Gratuit, sur internet)

Anne Burgeot nous signale cette proposition de l’Association les Colibris. Celle-ci propose un MOOC gratuit sur la permaculture, autrement dit, un cours que vous pouvez suivre à votre rythme, il suffit pour cela de vous inscrire à l’adresse suivante : https://colibris-universite.org/formation/mooc-conception-en-permaculture-2

Ce Mooc a commencé le 13 mars et se terminera fin mai. En commençant maintenant, vous rattraperez sans mal les modules déjà parus. C’est passionnant, très bien fait, et c’est sans doute l’avenir ! Alors prenez de l’avance sur tout le monde, redevenez élèves studieux (vous avez le temps !) et dès que le confinement sera terminé, on crée un vrai réseau pour cultiver l’avenir !

ERRI DE LUCA : LE SAMEDI DE LA TERRE

Béatrice Byé nous suggère la lecture de ce court texte d’Erri de Luca (en pièce jointe). Antoine Gallimard écrit dans la présentation de sa collection : ”Notre liberté de penser, comme au vrai toutes nos libertés, ne peut s’exercer en dehors de notre volonté de comprendre.” On ne saurait mieux dire !

 
 
BRUNO LATOUR

Bruno Almosnino propose la lecture d’un texte de Bruno Latour, que vous trouverez ici :  http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/downloads/P-202-AOC-03-20.pdf

Bruno Latour est un sociologue, anthropologue et philosophe des sciences, sans doute plus reconnu hélas dans le monde anglophone qu’en France. Il dresse ici un tableau rapide des opportunités que pourraient offrir cette épidémie, et les leçons qu’elle permet de tirer. Extrait :  “A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant”. B.L.

Rafraîchissant et enthousiasmant !!

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