PARCEL ..L’outil à disposition des communes

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Votre commune peut-elle se convertir à une agriculture 100% locale et 100% bio ?

 

Combien d’hectares agricoles pour nourrir ma ville ? Combien d’agriculteurs en plus, d’emplois créés, si on relocalise la production alimentaire ? Et si on convertit en 100% bio ? Outil inédit, le site « Parcel » permet de faire ces calculs. Pour les citoyens et les élus qui souhaitent engager la transformation agricole de leur territoire.

« C’est bien le bio, mais on ne peut pas nourrir la planète avec ! » Qui n’a pas entendu cette phrase lorsqu’on évoque la possibilité de changer de modèle agricole ? Les études existent qui montrent les effets positifs d’une conversion à l’agriculture biologique sur la création d’emplois, la protection des sols, de l’eau, de la biodiversité. Mais elles sont souvent peu accessibles. Fin 2019, l’association Terre de liens, qui lutte notamment contre la spéculation foncière, a lancé Parcel, un outil qui permet d’explorer en ligne toutes ces possibilités, sur n’importe quel territoire.

Le projet est né il y a quatre ans, quand Gaël Louesdon, coordinateur de Terre de liens Normandie, interroge un agriculteur de l’Orne : « Combien de personnes tu nourris avec ta ferme ? » Celui-ci lui promet une réponse. Mais les semaines passent, et les chiffres tardent à arriver. Pas facile de calculer l’impact d’une exploitation bio sur les familles aux alentours, et encore moins sur l’environnement. Terre de liens Normandie se lance alors dans la collecte d’études scientifiques sur le sujet, et la conception d’un « convertisseur ». Le but : être capable de mieux quantifier les effets d’une relocalisation de la production agricole.

Calculer l’impact d’une conversion agricole du territoire

Parcel (« Pour une alimentation résiliente, citoyenne et locale ») est développé avec la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) et le Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne). Le site web permet à chacun de tester des hypothèses et de prévoir leurs impacts. Prenons un exemple : j’habite la ville de Caen, en Normandie. 100 000 habitants entourés de grandes plaines. Pour nourrir tout le monde avec une production 100% locale, il faudrait 38 000 hectares de terres. Soit trois fois la taille de Paris pour produire à manger pour tout le monde, en se basant sur la consommation actuelle de légumes, de viande, et avec une agriculture biologique limitée (4%). Impact direct : la création de 1690 emplois en maraîchage, en élevage, en arboriculture.

 

Allons un peu plus loin : choisissons de passer toute la production en bio. Parcel est alors capable d’en estimer les impacts. Résultats : moins de produits et d’engrais chimiques utilisés et un système d’élevage plus extensif, donc une diminution des émissions de gaz à effet de serre et moins de pollution de l’eau. C’est désormais 3040 emplois qui sont créés. « Si on veut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, il faut relocaliser la production, explique Gaël Louesdon. Mais il faut aussi passer en bio. » Et encore, l’agriculture biologique est actuellement plutôt consommatrice d’eau. « Si des pratiques de cultures associés, de paillage, de permaculture se développaient, on pourrait encore aller plus loin. »

 

Coopération entre territoires, changement de régime alimentaire

Mais passer la totalité en bio nécessite 75 500 hectares cultivables. Bien sûr, cette surface ne peut être trouvée sur la commune de Caen elle-même – où il n’y a que 107 ha agricoles. Mais aux alentours, c’est possible. « Cela impose des coopérations foncières entre espace métropolitain et ruraux, avec un impératif de solidarité territoriale », explique Gaël Louesdon. A l’échelle d’un département, la relocalisation est envisageable grâce aux développements de nouveaux projets agricoles, en bio. Et à une condition : changer de régime alimentaire. Car en diminuant de 25% notre consommation de viande, on réduit la surface nécessaire pour l’élevage donc notre besoin en terres agricoles.

 

De l’échelle d’un village, en passant par une intercommunalité, jusqu’au territoire national, on joue ainsi avec les critères pour évaluer les conséquences de ces choix – virtuels – et se projeter. A l’échelle de la France, par exemple, si toute l’alimentation était relocalisée, passée en bio à 100%, et avec une diminution de 25% de notre consommation en viande, cela doublerait l’emploi agricole – il faudrait alors plus d’un million d’emplois pour nourrir la population française. Et cela diminuerait d’environ 30 % les émissions de gaz à effet de serre et la pollution de l’eau. La surface agricole utile actuelle serait suffisante.

L’enjeu du convertisseur est d’interpeller les décideurs, notamment en vue des élections municipales. La nécessité de relocaliser l’agriculture suppose d’arrêter d’artificialiser les sols, de bétonner autour des villes, avance Gaël Louesdon. Avec le convertisseur, on montre que c’est désirable, que des emplois sont créés, et qu’en plus, on protège la biodiversité. » Aux citoyens de convaincre les élus et responsables de faire les choix nécessaires pour penser l’avenir alimentaire d’un territoire. Un programme qui passe forcément par l’arrêt de la spéculation sur les terres agricoles et une conversion à l’agriculture biologique.

Simon Gouin

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